# Les questions de sécurité sont un mot de passe que vous n'avez pas choisi

> Le nom de jeune fille de votre mère n'est pas un secret : c'est une mention d'état civil. Google a analysé des centaines de millions de réponses secrètes et conclu qu'elles ne tiennent pas debout toutes seules.

2026-05-28 · David Carrero · password.es
Original: https://password.es/fr/blog/questions-de-securite/

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Quand un formulaire vous demande le nom de jeune fille de votre mère, il ne vous
demande pas un secret. Il vous demande **une mention d'état civil**.

Toute la critique est là ; le reste n'est que détails. Une question de sécurité
est un mot de passe avec trois défauts qu'un mot de passe normal n'a pas : ce
n'est pas vous qui l'avez choisi, la réponse est devinable parce que beaucoup de
gens répondent la même chose, et elle est souvent écrite quelque part où vous
n'avez pas la main. En échange, on lui accorde un privilège énorme : **elle peut
remplacer votre mot de passe**. C'est la porte de derrière de votre compte, et
elle ferme moins bien que celle de devant.

Ce n'est pas une intuition de corporation. C'est ce que Google a mesuré.

## L'étude que personne ne lit avant de dessiner le formulaire

En 2015, cinq chercheurs — Joseph Bonneau, Elie Bursztein, Ilan Caron, Rob
Jackson et Mike Williamson — ont présenté à la conférence WWW, à Florence, un
travail dont le titre dit déjà presque tout : *Secrets, Lies, and Account
Recovery*. Ce n'était pas un laboratoire avec trente volontaires : ils ont
analysé **des centaines de millions de réponses secrètes et des millions de
tentatives réelles de récupération de compte**.

La trouvaille a deux moitiés. On n'en raconte presque jamais qu'une.

## Première moitié : elles se devinent

Le modèle de menace de l'article, ce n'est pas votre beau-frère qui fouine :
c'est quelqu'un qui attaque des comptes en masse et n'a besoin de tomber juste
que sur une fraction. Avec cette loupe, les chiffres changent de sens.

Avec **une seule tentative**, un attaquant devinerait 19,7 % des réponses des
utilisateurs anglophones à « Votre plat préféré ? ». Une. Et la réponse, au cas
où il y aurait un doute, tend à être celle à laquelle vous pensez en ce moment
même. Avec **dix tentatives**, il devinerait 39 % des réponses des utilisateurs
coréens à « Votre ville de naissance ? ». Et un seul essai suffit pour toucher
**3,8 % des réponses des hispanophones** à la question que Google leur servait
traduite par « Premier nom de famille de votre père ? ».

3,8 %, ça a l'air de rien jusqu'au moment où vous vous rappelez que l'attaquant
n'attaque pas votre compte : il en attaque un million. Et il n'est pas nécessaire
d'être Google pour se fabriquer la liste. Les auteurs l'ont vérifié : avec à
peine **mille réponses achetées sur une plateforme de crowdsourcing**, ils ont
monté des distributions entre 75 % et 80 % aussi efficaces que la vraie sur une
centaine de tentatives. L'expérience leur a coûté 100 dollars et moins d'une
journée.

Le plus accablant, c'est que les questions *conçues* pour être uniques n'y
échappent pas non plus. Un numéro de voyageur fréquent devrait être unique par
définition ; dans les faits, une seule tentative en devine **4,2 %** chez les
anglophones. La raison est magnifique et nous y reviendrons : les gens mentent,
et ils mentent en troupeau.

## Deuxième moitié : elles s'oublient

Ici l'argument s'effondre pour de bon, car la seule raison pour laquelle nous
continuons à utiliser des questions de sécurité, c'est la croyance qu'elles sont
*fiables*. La prémisse était raisonnable : se souvenir de sa ville natale devrait
être plus facile que de se souvenir de `xK4$mz`. Ça ne l'est pas. **40 % des
utilisateurs américains anglophones ont été incapables de retrouver leur réponse
au moment où ils en avaient besoin.** Ils ne l'avaient pas oubliée dans
l'abstrait : ils essayaient d'entrer dans leur compte et ils n'ont pas pu.

Et là surgit l'inversion parfaite, celle qui aurait dû tuer cette technologie il
y a dix ans. **Plus la question est sûre, moins on s'en souvient.** Dans cette
même population, « Le deuxième prénom de votre père ? » — une question faible —
affichait 76 % de réussite. « Votre premier numéro de téléphone ? », nettement
plus difficile à deviner, tombait à 55 %. Et les candidates théoriquement les
plus sûres coulent à pic : « Le numéro de votre carte de bibliothèque ? » 22 %,
« Votre numéro de voyageur fréquent ? » **9 %**.

Le temps achève le travail. Pour « Votre plat préféré ? », la réussite était de
74 % au bout d'un mois, de 53 % au bout de trois mois et d'à peine 47 % au bout
d'un an. Et les récupérations ne se concentrent pas au début : les auteurs ont
constaté que les utilisateurs ne sont pas plus enclins à récupérer leur compte
tôt que tard, si bien que la plupart arrivent devant la question quand le
souvenir s'est déjà évaporé.

La conclusion des auteurs ne se prête pas à mille lectures : *il semble presque
impossible de trouver des questions secrètes qui soient à la fois sûres et
mémorisables*.

## Mentir ne vous sauve pas, ça vous enferme dehors

La réaction sensée, quand on a compris le problème, c'est de mentir : s'ils
demandent votre ville natale, répondez « Reykjavik » et n'en parlons plus.

L'article a mesuré ça aussi, avec une enquête auprès de la population
américaine. Parmi ceux qui ont admis donner de fausses réponses, **37 %** l'ont
fait pour compliquer la tâche d'un attaquant, **15 %** pour que ce soit plus
facile à retenir — relisez-le deux fois — et **31,9 %** par souci de vie privée,
parce qu'ils n'avaient pas envie d'offrir leur biographie à une entreprise.

Le problème, c'est que **durcir une réponse est un geste prévisible**. C'est
exactement le sens des 4,2 % des numéros de voyageur fréquent : les mensonges de
beaucoup de gens se ressemblent entre eux bien davantage que leurs vérités. Et
l'addition se paie dans l'autre moitié. Les utilisateurs américains qui
remplissaient « Votre premier numéro de téléphone ? » avec quelque chose de sept
chiffres — une réponse plausible — retrouvaient leur réponse 55 % du temps. Ceux
qui ont mis six caractères, c'est-à-dire ceux qui inventaient, y arrivaient
**18 %** du temps.

Mentir sans le noter n'est pas une stratégie de sécurité. C'est jeter la clé.

## En France, la question n'en est même pas une

Revenez au nom de jeune fille de votre mère. C'est le nom qui figure sur votre
acte de naissance, sur le livret de famille, sur la moitié des papiers que vous
avez remplis dans votre vie. Ce n'est pas un secret : c'est une ligne dans un
registre.

Ce n'est pas une bizarrerie locale. L'article lui-même cite une étude de
Griffith et Jakobsson qui a déduit ce nom pour **au moins 30 % des résidents du
Texas** à partir des registres publics de naissances et de mariages ; et Rabkin,
qui a trouvé que **16 %** des questions utilisées en pratique avaient des
réponses listées de façon routinière sur des profils publics de réseaux sociaux.

Une donnée qui figure dans un registre et s'affiche sur votre profil n'est pas un
secret partagé. C'est une information publique avec une case « mot de passe »
devant.

## Que faire du formulaire qui vous y oblige

Parfois il n'y a pas d'échappatoire : la banque exige trois questions et impossible
de passer à l'écran suivant. Dans ce cas, arrêtez de les traiter comme des
questions et traitez-les pour ce qu'elles sont.

- **Répondez avec un mot de passe, pas avec votre vie.** À « Votre ville de
  naissance ? », on peut répondre par une chaîne aléatoire du
  [générateur](/fr/), ou par une phrase que vous aurez fait passer avant par le
  [vérificateur](/fr/verificateur/). C'est la seule réponse qui ne figure dans
  aucun registre.
- **Notez-la dans le gestionnaire, sur la fiche du site.** Ce n'est pas
  optionnel : c'est très exactement la différence entre 55 % et 18 % de rappel.
  Le mensonge ne fonctionne que si vous le gardez.
- **Si le service vous laisse choisir une autre méthode de récupération,
  choisissez-la.** Dans les données de Google, le SMS tombait juste 81 % du temps
  et le courriel 75 %, contre 61 % pour les questions secrètes chez les
  utilisateurs américains anglophones — et seulement 44 % chez les Français.

Google a agi en cohérence avec ses propres données sous les yeux : il a relégué
les questions secrètes au rang de dernier recours, toujours accompagnées d'autres
signaux. Ce que recommande l'article, c'est qu'**elles ne soient jamais utilisées
seules**.

Onze ans plus tard, votre assureur vous demande toujours le nom de votre premier
animal de compagnie. Répondez-lui par seize caractères aléatoires. Il l'a bien
cherché.

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*Sources : J. Bonneau, E. Bursztein, I. Caron, R. Jackson et M. Williamson,
« Secrets, Lies, and Account Recovery: Lessons from the Use of Personal Knowledge
Questions at Google », WWW 2015, Florence · V. Griffith et M. Jakobsson, « Messin'
with Texas: Deriving Mother's Maiden Names Using Public Records », ACNS 2005, et
A. Rabkin sur les questions de sécurité en pratique, tous deux cités dans le
travail précédent.*
